Dans l'ère du bijou de corps

Dans l'ère du bijou de corps
Que de retard dans la parution de cet article, je suis impardonnable! Alors que c'est il passé depuis ce 21 décembre, date à laquelle je m'insurgeais (encore, me direz vous) sur la bêtise des hommes concernant le conflit en Irak… Remarquez, il s'agissait la d'une bonne nouvelle… Même pas le temps de s'en réjouir que l'on perd à nouveau une journaliste en Irak. C'est d'autant plus dégoûtant qu'étant une journaliste du "Libé", il y a toutes les chances qu'elle soit pro-palestinienne. Notre président en a profité pour dire une absurdité (plus de journaliste dans les conflits, et puis quoi encore????) bien que je comprenne qu'il doit en avoir marre de faire sauver des journalistes (en plus celle-ci est de gauche… bon, d'accord, c'est déplacé…) dans une région dans laquelle il a, et à raison, refusé d'envoyer ses militaires.

Bref, tout n'est pas rose depuis le 21 décembre. Vous me ferez peut être remarquer que j'ai oublié l'immense catastrophe que représente le tsunami en Asie… C'est pas que je l'ai oublié, mais je préférerais ne pas m'étaler la dessus: ça me désole et tous les médias sont la pour que tout le monde puisse constater de l'ampleur de la désolation. Quoique je viens à l'instant (littéralement) de trouver un petit quelque chose dessus… J'y reviendrai plus loin dans l'article.

Pour changer un peu, parlons quand même des choses agréables qui se sont passées pendant ces vacances. Il y eu avant tout la soirée de la prépa, pas particulièrement géniale (je comprend maintenant pourquoi je n'avais jamais été à la cascade auparavant) à cause de la Dance-Hall qui ne me sied pas du tout mais tout à fait sympathique à bien des égards. Pour le gros de cette soirée je vous envoie sur le site de la prépa. Le plus beau moment de la soirée? Les retrouvailles Laurence-Heinrick… C'est beau l'amour (sniiiiiif) et ils faisaient plaisir à voir. Je ne vous donne pas les détails ni trop d'explication, désolé!

Les quatre jours suivants ont été dédié aux devoirs, à la remise à niveau question DVD et au repos le plus total. Il faut cependant que je vous raconte le déroulement d'une après midi très drôle que j'ai passée avec Jenna à continent.
Je devais aller acheter des cadeaux pour tout le monde (bien entendu, je n'ai rien acheté) et j'avais la chance d'être accompagné dans cette rude tache par Jenna (qui nous revenait de France). Nous avons rencontré la Guadeloupe entière… C'est incroyable comment une bombe placée au centre de continent un 22 décembre ferait comme dégâts… Entre propositions farfelues de cadeaux et rires incompréhensibles, nous sommes tombés sur un intermède pour le moins délirant:

"Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parlé du bijou de corps. Et oui le bijou de corps, c'est un bijou, mais qui se met sur le corps…" Belle mise en jambe, vous ne trouvez pas? Nous sommes dans la galerie commerciale, un jeune couple faisant ses courses de Noël. C'est donc tout à fait normal que le vendeur s'approche de nous en me proposant son produit comme cadeau pour "madame". Seul, J'aurais poursuivi mon chemin en faisant un petit signe de non avec un large sourire au lèvre… Cela dit, seul, il ne m'aurait pas arrêté: je n'ai pas la tête du type qui aura une dame à qui acheter des "bijoux de corps"... En y repensant, j'espère que je n'ai pas la tête du type qui achèterait des bijoux de corps à sa dame... Mais je ne suis pas seul. Et Jenna, sûrement bien plus polie que moi, s'arrête. Faisons contre fortune bon cœur: sourire, s'intéresser. Le gars me sort tout ce que son patron a du lui apprendre sur son sujet: "Le bijou de corps, oui, le bijou de corps, se met sur le corps. C'est comme un tatouage que l'on peut mettre et retirer, mais c'est surtout un bijou, qui se met sur le corps." Comme je me suis dit que j'allais finir par comprendre que ça se mettait sur le corps, j'essais d'insister sur l'aspect bijoux de la chose... Je ne sais pas si vous avez eu la chance de voir un bijou de corps de près, mais ça laisse songeur… Il faut que je vous les décrive: c'est un espèce de bout de plastique de deux face, une plane et l'autre légèrement aplanie dans lequel on entraperçoit un très joli (il faut l'admettre) assemblage de poussières de toutes les couleurs… Bref, le bijou de corps reste pendant 6 jours maximum sur la peau et peut se ré appliquer à volonté, sauf quand on veut faire la démonstration, mais poursuivons...
Le bijou de corps, m'apprend on, est fait à Paris à partir de diamants taillés en Autriche ("en Autruche?"), oui en Autriche.
"Je ne savais pas qu'ils avaient des mines de diamant en Autriche.
- Non, ils sont taillés en Autriche, mais le tout est fait à Paris. (il n'a pas relevé l'absurdité)
- A Paris?
- Oui à Paris, avec des diamants taillés en Autriche
- Comme c'est intéressant..."
Du coup, il profite de cet avantage déterminant pour m'annoncer le prix. Je suis peut être radin, mais la ils ont fait fort. Il me présente un truc qui, de loin, doit ressembler à un grain de beauté qui aurait muté, en révélant qu'il s'agit là de l'entrée de gamme… 20 euros l'entrée de gamme, 150 la sortie… Ca coûte donc si cher de se débarrasser de la gamme? Je sais bien (merci Jenna), que ce sont des diamants Swarovski (à vos souhaits), mais pour un gramme de diamants sous plastique, ça fait cher le diamant pré-préparé (réchauffer 30 secondes au micro-onde avant utilisation…).

Il profite du fait que Jenna soit jolie comme un cœur pour montrer la vraisemblance du prix. C'est la qu'intervient sa camarade, qui porte merveilleusement la bagatelle de 200 euros sur son visage. Pendant qu'elle prend le bras de Jenna pour lui appliquer le modèle entrée de gamme (je pense qu'ils avaient compris à ce moment la que je n'allais pas acheter le dauphin à 150, le "Je n'achète rien pour madame" à du jeter un froid…), le vendeur récite son texte: "Et oui, c'est un diamant d'Autriche, assemblé à Paris, ce bijou de corps, c'est un bijou… Qui se met sur le corps…"
On applique alors le bijou sur le revers de la main de miss J, au centre, le vendeur continue:
" C'est beau, c'est fait avec des diamants d'Autriche assemblés à Paris (pas possible!), ça tient six jours, d'ailleurs, madame (encore madame, mais elle n'a pas d'alliance au doigt que je sache?), vous pouvez voir si vous agitez la main..."
Sa camarade l'interrompt… "Euh, pas trop quand même, c'est juste le diamant de démonstration, il a déjà beaucoup servi".
Pendant ce temps je ne facilite pas la dure tache de Jenna: je suis en train de m'étrangler de rire pendant qu'elle tente de rester le plus polie possible... L'autre ne se démonte pas et continu:
" Vous pourrez donc, avec le bijou de corps, aller en soirée, dans la rue avec, le bijou de corps, qui se met sur le corps, tient 6 jours. Beau, fait avec des diamants d'Autriche assemblés à Paris, il remplace avantageusement le tatouage, le piercing..."
La c'était trop fort, je le fait remarquer: "D'un autre coté, le piercing au centre de la main, à part Jésus, je ne vois pas trop".
Assez bizarrement, ça n'a pas été un bide total, il a compris l'allusion. Seul problème, il a essayé de me faire comprendre qu'il avait compris...
Comme il fallait admettre que le bijou de corps (qui est un bijou, je vous le rappelle, qui se met sur le corps) allait bien à Jenna (ce qui, en soit, n'est pas imputable au seul bijou) il fallait trouver une manière intelligente de partir... Sans payer pour un bout de plastique arraché par 3000 mètres de profondeur par des mineurs Autrichiens...

Je ne sais pas comment est venu le salut, mais j'ai enfin put éclater de rire sans peur de froisser qui que ce soit. Malgré tout, le bijou de corps restera quand même un sacré souvenir. Je remercie donc ici un des plus mauvais vendeur que j'ai rencontré, un des produits les plus absurde que je connaisse, pour ce moment mémorable.

Voyons la suite des vacances. Aude est arrivé. J'ai mille choses à raconter, et je crois qu'il est plus simple de vous renvoyer à son blog et à celui de Gavin, pour vous faire une idée de la semaine qui suivi.

Je voulais vous reparler du tsunami, mais je pense que ce sera le sujet d'un prochain article, celui-ci est suffisamment long.

Il ne me reste qu'une chose à faire avant que je n'oublie (quelle tête en l'air, décidemment), profiter de la fin de cet article pour vous souhaiter une

Bonne et Heureuse Année 2005!!!!


En photo: Une aurore merveilleuse... un lundi matin...

# Enviado em Sábado 08 Janeiro 2005 17:13

Il était temps...

Il était temps...
Christian Chesnot et George Malbrunot ont été libérés. Vous avez tous entendu parler de l'enfer dans lequel les deux journalistes Français ont vécu et, avec eux, leurs familles et amis. C'est bien sur une excellente nouvelle: ces hommes n'auraient jamais du être tenus prisonniers. Dans un conflit, qui par définition est toujours une défaite, il est des personnes qui ne devraient jamais subir les actes de guerre: les civils, les soldats blessés et les journalistes. Les uns sont toujours touchés, directement ou indirectement, les autres le sont déjà et nous voyons comment les derniers peuvent l'être. Le groupe qui a commis ces exactions envers les deux journalistes a trouvé un prétexte fallacieux à cet emprisonnement injustifié: ils ont demandé "l'abrogation de la loi sur le voile". Voila que des terroristes se prévalent d'un droit d'ingérence qu'ils contestent à la seule entité en droit de s'en enorgueillir dans le monde entier: Les Etats-Unis. Les lois d'un pays démocratique ne devraient jamais être contestées, pourvu qu'elles soient acceptées par son peuple. Que cette loi déplaise autre part est triste, mais ne justifie pas l'enlèvement de deux hommes protégés par leur statut de journaliste. Que les Etats-Unis conservent la peine de mort, votent le Patriot Act, veulent abroger la loi sur l'avortement: j'en suis outré et je dit clairement que je ne suis pas d'accord, mais je n'irai pas attaquer des Américains ou l'Amérique pour autant: ces lois ne s'appliquent qu'aux Américains et autre personnes vivant sur le sol Américain: elles ne me touchent pas, je n'ai donc aucun droit dessus.
Ainsi je pense plutôt que ces bandits se sont retrouvés avec des journalistes Français sur les bras. On leur informe que la France n'est pas une nation de la coalition qui a envahi (ou libéré, c'est selon) leur pays: dommage, ils ne pourront pas faire le coup de la cassette de décapitation, ce serait perdre toute crédibilité. Déjà, ne s'attaquer qu'a des civils travaillant à la reconstruction de leur pays, ce n'est guère brillant, mais à des Français, des neutres, ça l'est encore moins. Que faire? Ils ne se sont pas fait suer pour rien quand même?
"Bon qu'est ce qu'ils font d'anti-islamique ces Français? Une loi? Ah bon, comment ça? Sur la laïcité, et ça veut dire quoi ce mot? Plus le droit au voile? Dans l'école? Comment ça, des filles à l'école (ça ne se fait pas ça, pays de sauvage, des filles à l'école, je vous demande un peu!)? Bon et bien on a trouvé un prétexte les gars, sortez la caméra JVC, non, la Sony, elle m'a coûté moins cher, mais elle filme mieux!"
Faire le bordel pour un dieu et une loi qu'il aurait imposée universellement... La vie est belle. Aussi mauvais que les catholiques en leur temps. Heureusement les musulmans Français sont avant tout Français et l'ont clairement dit: c'est leur problème, pas celui d'une bande de dangereux tout heureux d'avoir trouvé un but dans leur vie grâce à la guerre.
Mais je m'énerve encore, ce qui n'est pas brillant de ma part. Surtout que pire encore est la justification donnée pour la remise en liberté des otages: "Les Français sont des gentils, on libère les Français". Ils n'auraient jamais du retenir qui que ce soit qui ne soit pas militaire, ils n'auraient jamais du retenir un journaliste, fut il américain. Il y a des professions comme ça qui élèvent au dessus des rangs: tout comme les médecins ou encore les pompiers, les journalistes ne devraient pas être inquiétés dans un pays en guerre: ils font leur métier sans nuire à quiconque. Mr Malbrunot et Mr Chesnot ont été libérés en tant que Français, le gouvernement peut s'en féliciter... J'aurai préféré qu'ils soient libérés en tant que journalistes... ou mieux encore, en tant qu'Hommes.



En photo: La vue encore...

# Enviado em Terça 21 Dezembro 2004 13:34

Modificado em Terça 21 Dezembro 2004 15:48

Un peu de pub pour madame l'Abeille

Un peu de pub pour madame l'Abeille
Maya, de son vrai prénom Marie, est la petite soeur d'Aude (elle est ici sur une photo brillante prise par la susnommée). Marie donc a pris son courage à deux mains et a décidé de faire un blog. Donc si vous voulez suivre les tribulations d'une lycéenne des environs de Marseille, c'est ici!

(Je sens dors et déjà que j'ai mal fait de mettre cette photo...)

# Enviado em Sábado 11 Dezembro 2004 10:35

Are Krishna

Are Krishna
Article très drôle dans le "Marianne" de la 3eme semaine de Novembre: Un prédicateur Catholique vivant à Taipei est entré dans la cage aux Lions d'un zoo et s'est avancé vers leurs Majestés en leur demandant de venir les mordre, tout en leur promettant l'absolution. Les lions ne se sont pas fait prier: ils sont venus lui montrer, comme le souligne le journaliste, qu'ils demeurent, depuis la Rome antique, fidèles à leur ligne idéologique: résolument anticatho. Le fou a survécu, ce qui rend l'histoire tout à fait risible. Il n'empêche derrière tout ça, je vois là deux choses surprenantes:

Il n'est jamais venu à l'idée du religieux que si il réveille chez lui un Homme en train de faire la sieste pour lui raconter des bêtises sur son avenir dans l'au-delà , il risque bien de se faire botter le derrière. Pourquoi alors gêner l'auguste animal dans son repos pour en plus lui demander de venir le mordre? J'ai vraiment l'impression que le seul qui soit dans ses droits n'est autre que le lion. Sur les photos, il y a Madame Lionne derrière qui observe sagement Monsieur en train de croquer le bras de l'importun. Son air est tout ce qu'il y a de contrarié... J'espère que le maboul n'est pas allé les déranger en pleine action, parce qu'alors je crains qu'il aurait fallu demander aux gardiens de ne pas intervenir... Déranger le repos est déjà mal élevé, mais alors empêcher sciemment deux pauvres animaux en captivité de faire tout ce qu'ils peuvent faire, c'est vraiment chercher à se faire corriger.

Derrière ça il y a plus grave: comment un Homme a-t-il pu être obnubilé par sa religion au point de, primo, chercher à convertir des animaux (qui, je le crains, n'en ont rien à foutre) et, secundo, se croire protégé par je ne sais quel pouvoir des crocs d'une formidable machine à broyer. C'est comme se jeter un chapelet en main près de la grande barrière d'Australie avec un morceau de poisson sanguinolant à la taille et espérer que Dieu repousse les requins. Si Dieu existe, je comprend qu'il n'intervienne pas: faut pas exagérer non plus! C'est comme cette blague que j'adore:

C'est un Homme très pieu, George, qui n'a jamais enfreint les dix commandement, n'a jamais péché et demeure, à 45 ans, un exemple de bonté et d'altruisme. Cependant George se dit qu'il pourrait répandre encore plus le bien si jamais il se trouvait riche. Sur de son bon droit et de la puissance de son protecteur, il s'adresse à ce dernier lors de sa prière afin de se voir gagner au grand tirage du loto. Une semaine passe et, à son grand désespoir, George n'a toujours pas gagné au loto. Troublé, il décide cependant de vivre de manière ascétique un mois durant. Epuisé, vacillant, il réitère sa prière à son grand Dieu, le c½ur gonflé d'espoir. Une semaine plus tard, il n'a toujours rien gagné. Trouvant Dieu quelque peu difficile mais n'osant remettre en cause son infinie sagesse, il décide de se flageller deux fois par jour, en priant pour le salut de l'humanité. Après un mois d'un tel traitement, il redemande à Dieu de gagner au loto. Malheureusement, il ne se retrouve toujours pas millionnaire. C'est alors qu'avec la détresse du mari trompé, il se met à crier au ciel: " J'ai tout fait, oh grand protecteur! Je suis ton meilleur disciple et je fais tout pour que ta volonté soit faite, pourquoi ne pas répondre à ma requête?". C'est alors qu'une voie surnaturelle descend du ciel et intervient en ces termes sibyllins: "George, moi, je veux bien, mais fait la moitié du travail veux tu? Achètes donc un ticket!"

Je trouve qu'elle est révélatrice d'un état d'esprit que j'abhorre: l'attentisme vis-à-vis de Dieu. J'avais eu avec un actuel élève de terminale S une discussion qui m'a laissé abasourdi: Nous parlions du Bac (dont je venais de recevoir les résultats). Il m'a félicité pour mon travail et m'a dit que, pour lui, il faisait confiance à Dieu... Je lui ai simplement conseillé de faire plus confiance en un travail régulier et sérieux

En généralisant, c'est sur que c'est plus facile de demander des comptes à Dieu plutôt que de s'investir dans l'avenir et la conduite d'un peuple... Pauvre Dieu, être un alibi pour la fainéantise de l'Homme.


En Photo: Notre Dame de Paris, la photo est d'Aude (merci pour la photo!)

# Enviado em Sábado 11 Dezembro 2004 10:25

Mon tout premier... depart réussi

Mon tout premier... depart réussi
Les départs sont tout le temps des moments exaltants. C'est vraiment une des raisons majeures de mon amour pour la régate. Celui-ci est le premier d'une série. Aucuns liens, ou peu, et aucune chronologie. Au travers, c'est un peu une espèce de biographie autour de la voile que je vais essayer de rapporter...

L'article qui suit me tiens vraiment à coeur, si vous avez peur de la longueur, ou que vous avez la mer en horreur, n'essayez même pas de commencer.

Je ne connais qu'une personne qui ne manque jamais un départ : mon père. Je n'ai pas cette chance. Il m'est souvent arrivé des noises ou j'ai fait de mauvais calculs qui ont fait que, parfois...Ca ne passait pas. Mais quand ça passe, c'est génial. Je me souviens encore de mon premier départ "parfait", ça remonte à l'Optimist.

L'Optimist est un bateau qui ne m'a jamais vraiment plu. J'en ai fait trop jeune. Longtemps je ne comprenais pas ce qui se passait. J'étais maigre, j'étais victime plus que maître de mon bateau : j'avais peur. Je crois que j'ai commencé à aimer lorsque j'ai eu mon propre bateau. Mon premier bateau : une occasion qui avait l'avantage d'être gratuite. Il pesait 10 kilos (au moins) de plus que les bateaux de mes camarades. Je pense que c'est Freirs ou Farr qui a dit : Le seul engin ou le poids est un avantage, c'est le rouleau compresseur... Il avait raison : dans les vents faibles il était lourdaud, accélérait peu ; dans le vent fort, il était beaucoup trop physique. Les débuts ont été catastrophiques, je rentrais à plat et heureux d'avoir survécu. Puis petit à petit on l'a amélioré. Mon père a fait faire un safran et une dérive parfaites (superbes pièces... 'Disparues' du club deux ans plus tard), nous avons passé des nuits à poncer la coque, nous avons rajouté une sangle de rappel, pour qu'avec mes petites jambes je puisse m'étirer plus en arrière, une poulie winch (impensable sur un Optimist) pour que je puisse tenir la voile même par grand vent (sur la fin, j'ai même installé un renvoi afin de décupler ma puissance... après avoir lu un article sur Archimède! On m'a gentiment demandé de l'enlever 4 régates plus tard, après des plaintes de certains adversaires)... Petit à petit, mon bateau commençait à ne plus rien avoir à envier à celui des autres, dont les parents avaient déboursés jusqu'à 20000 francs pour l'acquisition de bateaux plastiques (le mien était en résine lourde) tout équipés. Je n'ai jamais eu les agréments tels qu'une combinaison, une écope (je taillais la mienne à l'ancienne, dans des bouteilles de javel ou autre), une girouette, des gants, des lunettes de soleil... mon père a appris la voile en faisant lui-même son bateau, je suppose qu'il trouvait déjà suffisamment m'aider ainsi. Je n'ai jamais eu à m'en plaindre d'ailleurs. Je naviguais en t-shirt avec un gilet du club et ça m'allait très bien. Mon père a toujours été là quand ça allait pas et je n'ai jamais eu à lui rendre de compte : alors que j'avais des amis qui pleuraient parce que leurs parents les engueulait de n'avoir fait que troisième, je rentrais en ayant manqué 2 courses sur 3, et on me demandait simplement si je m'étais bien amusé. Ils ne sont jamais venus m'aider à monter mon bateau, ils ne m'ont jamais aidé à le mettre à l'eau. C'était à moi de le faire : « Tu es seul sur le bateau, à terre comme sur mer ». Quand je vois que de beaucoup, seuls ceux qui avaient la paix continuent encore aujourd'hui, je me dis que ce n'est pas plus mal... Et puis attendre d'avoir 14 ans pour sa première paire de gants, ce n'est pas si grave que ça !

Mais je m'éloigne du sujet, un jour mon père ramène à la maison un énorme paquet. Je savais pertinemment bien ce que c'était : une voile toute neuve d'Optimist !! Faite comme je le voulais, légère et pas trop creuse, pour qu'elle ait le moins de puissance possible et me permette de gagner en contrôle sans pour autant perdre en vitesse (une voile neuve et bien taillée est toujours meilleure qu'une vieille !). J'avais attendu pendant quatre ans avec une voile d'occasion... venant du concurrent de mon père. Deux jours plus tard c'était la régate de Goyave, la seule pour laquelle je n'avais fait aucun podium cette année la (on régatait deux fois par semaine), je la détestais. Eau dégueulasse, plage horrible et, c'est le point de la course : toujours 4 régates par jour minimum et deux fois plus longues que celles de Gosier. J'en avais vraiment horreur. Le départ était assez unique aussi : le bateau comité étais l'extrémité du ponton, ce qui fait qu'il y avait très peu de vent au bateau comité et que les départ se prenaient généralement à mi-ligne. On était à peu près 15 optimists, c'était une des dernières «grosses années». Cette fois là, je n'avais pas peur : la famille avait décidé de venir pour la journée, première fois en deux ans, et le vent pouvait être aussi fort qu'il le voulait, je pouvais le dominer. Les deux premières courses ont été correctes. J'ai du me situer vers la moitie supérieure du peloton, avec une bataille sympathique contre Antoine, dont je ne me souviens que d'une chose vraiment clairement : il m'a bien eu (comme quasiment a chaque fois que nous régatons l'un contre l'autre !). Les départs avaient tous deux été bâbords (autrement dit, il y avait un net avantage à partir bâbord amure, malgré la perte de la priorité) et le vent était plutôt costaud. A la pause, mon père m'a simplement dit deux choses : « Regarde bien le sens du vent, et n'oublie pas que le tout, c'est de la franchir au top et loin des autres».

Le vent soufflait vraiment fort, à tel point que j'ai passé le temps à attendre le lancement de la procédure (à l'époque c'étaient 6 minutes au lieu de 5) en tirant des bords derrière le ponton.

Six minutes : je me décide à me découvrir, le bateau est à mon grand étonnement stable et j'arrive même à réguler (border et choquer la voile avec le vent). Je longe deux fois la ligne, vraiment courte pour 15 bateaux, je sais déjà qu'à la minute, si je suis trop en avance, je ne pourrai pas me décaler et la longer, tant il y aura un embouteillage : pas le droit de s'engager trop tôt, par ce vent, impossible pour moi d'immobiliser le bateau, il faudra partir lancé. Partir lancé c'est bien, mais quand tout le monde défend sa position sur la ligne, comment alors partir si chacun a déjà sa place ? Je parie que les autres, généralement physiquement plus apte, feront un départ « arrêté », comme d'habitude. En Optimist, la vitesse étant très faible, on atteint la vitesse maximum très vite, partir arrêté n'est donc pas gênant. Mais il faut pouvoir demeurer immobile sans dépasser la ligne. Quand on prend de la vitesse, il faut alors « abattre » et longer un peu la ligne puis tenter de s'arrêter à nouveau, de peur de la traverser. Mais partir lancé, ça exige une chose : être prioritaire, soit tribord amure. Mais la ligne était bâbord, impossible de passer devant si on a 5° de vent en moins que les autres...

4 minutes : Procédure normale, on a pas le droit de passer la ligne dans la minute, ça rajoute du piment. Je tente de défendre ma place à la bouée, bâbord amure. C'est une gageure, je suis en train de m'épuiser a équilibrer le bateau quand j'aperçois Axel (je crois que c'était lui) qui s'écarte de la ligne et fonce vers le ponton. Je décide de relonger la ligne pour revoir mon alignement. En abattant pour reprendre de la vitesse, je me rend compte que je suis toujours au près bâbord amure alors que je suis maintenant parallèle à la ligne... Je devrais être au travers ! Le vent a tourné de 20 degrés, et nous ne sommes que deux à nous en rendre compte. Dors et déjà, c'est entre lui et moi, je sais que si je ne merde pas, je les bouffe tous : du bon cote et avec la priorité, je ne leur laisse aucune chance : ils sont trop occupés à rester à l'arrêt pour s'en apercevoir. Maintenant, comment avoir Axel ? Il est aussi léger que moi et a un bateau neuf (maintenant que j'y pense, c'était peut être un des fils Arnoux...). C'est la que je me rend compte d'une chose : aussi petite soit-elle, mon bateau a plus d'inertie que tous les autres, puisque plus lourd ! En plus, comme mon safran et ma dérive sont parfaits et que la coque est super lisse, je peux donc compter sur un tout petit peu plus d'erre que mon adversaire. Mon plan est alors simple, m'engager et faire en sorte à ce que lorsque les trente secondes arriveront je me décale à la limite du ponton, vire légèrement sous le vent et profite de l'inertie pour le contourner et sortir au vent frais au ras du mat comité là où je sais qu'Axel (ou autre) n'ira pas. Théoriquement, la meilleur place. Le fort vent m'assureras une reprise rapide, j'aurai de la place pour abattre si je suis en avance :bref, aucun désavantage.

1 minute : Problème : Je ne suis pas le seul à le vouloir. Axel se recale en demeurant toujours à mon vent, il veut lui aussi aller au comité. Ca va être difficile. En attendant, les autres ont vu que nous sommes deux à batailler ferme pour une place : le premier et le deuxième du championnat de l'année précédente (en catégorie plus jeune certes, mais bon...) sont seuls à vouloir un petit bout de ligne. C'est suspect, trois d'entre eux se détachent (ceux qui étaient déjà à mi ligne avec 50 secondes à tenir, avec le risque de se faire bloquer par Axel et moi si effectivement nous partions tribord) et essaient de venir nous rejoindre. Axel gagne la bataille et arrive à demeurer à mon vent. C'est alors que la chance joue en ma faveur : Axel est au vent, il est donc plus déventé que moi par le ponton. Il ne reste plus que 20 secondes, nous envoyons tous les deux, route directe vers la ligne. Je suis juste sous son vent et j'arrive à revenir à sa hauteur. Nous sommes maintenant tous deux sous le vent du ponton, je vise son ras. Je suis dans une position judiciaire difficile : Si le ponton est considéré comme comité, j'ai totale priorité sur Axel puisque sous son vent ; si il est considéré (a juste titre) comme amer, je doit lui laisser une largeur de bateau, ce qui revient à lui laisser la première place. Quitte à perdre du temps, autant m'en débarrasser tout de suite, je l'envois au lof alors que le ponton est encore à 4 mètres (c'est très lent ces bateaux). Grâce à mon inertie, je parviens à prendre l'ascendant : lorsque nous réabattons tous deux, l'engagement est rompu, je suis en route libre devant lui et il me reste 10 secondes pour atteindre la ligne.
7, je suis trop rapide, je choque légèrement, Axel revient se recaler sous mon vent. Je sais que si il revient à ma hauteur il m'enverra au lof sitôt la ligne passée.
5, je relance le bateau, Axel est engagé mais mon dévent plus celui du ponton l'empêchent de remonter à ma hauteur.
3, le groupe de trois qui s'étaient détachés vire à l'unisson pour nous laisser la priorité, ne pouvant nous contourner par derrière (Axel et moi formons un « long » double bateau).

Départ ! Je me retourne, anxieux : pas de rappel individuel ! Je n'ai pas traversé la ligne en avance ! Je me penche, sous le vent, les bateaux partis à l'arrière tribord amure croiserons derrière, le duo qu'Axel et moi formons les obligeant à un relativement long détour. C'est la première fois de ma vie que je suis premier sur la ligne lors d'une régate, et de quelle manière !! Là, je ne peux pas vous expliquer la fierté ! J'ai vu le vent, j'ai choisi une stratégie, j'ai géré un engagement, j'ai dominé mon bateau et, en plus, je me suis prouvé que je pouvais le faire. Ca fait beaucoup pour un gars de douze ans. Je pense que j'en suis plus fier que d'avoir eu mon résultat au bac. Maintenant encore, j'en ai le coeur tout gonflé que de l'écrire.

Pour l'histoire, je ne finirai pas cette régate. J'ai été 2eme à la bouée au vent, Axel ayant réussi à me dépasser, puis j'ai commencé à me sentir mal... J'ai hérité d'un des trois sandwichs avariés que l'organisation nous avait servi et trois d'entre nous avons fini par ramener nos bateaux tant bien que mal vers la jetée, ou des parents inquiets nous ont ramenés à toute vitesse à la maison... Non sans avoir ce commentaire : « Non, je n'ai pas vu le départ... Par contre, comment tu t'es rendu compte que la ligne était tribord ? »... Encore aujourd'hui, je me demande comment mon père a pu se trahir aussi facilement.

Je n'ai jamais fait de podium en régatant à Goyave. Ca reste un peu ma licorne... l'année suivante, j'arrêtais l'Optimist. Je ne pouvais plus supporter la compétitivité agressive qu'avaient... les parents des autres. C'étaient souvent d'anciens navigateurs qui n'avaient jamais rien réussi et poussaient donc leurs enfants comme une revanchepour eux même.
Sitôt monté sur un Hobie 13 (petit frère du 16), il m'apparut comme clair que je ne remettrai plus un pied sur un Optimist. C'était rapide, c'était drôle, c'était nouveau, c'était... grandir.

La semaine dernière j'étais au CSBF. Samedi soir et je me baladais entre les bateaux (en fait, je titubais plus qu'autre chose) quand je suis tombé sur les optimists. J'étais intéressé par les marques et la fabrication de chacun. J'avisai alors un dont la coque venait d'être poncée et n'avait pas encore été repeinte. On devinait cependant une ancienne couche bleue. Il était plus vieux que les autres, et sonnait plus caverneux. Je l'ai relevé un peu pour voir en dessous : Deux sangles de rappel, une poulie winch Harken rouillée, les fixations de renvois... C'était le mien. Je l'ai retourné, je me suis assis dedans. J'ai remis une dérive imaginaire dans le puit, j'ai regardé ma voile numéro 17 en voyant les étoiles et, l'espace de quelques secondes, je venais de refranchir la ligne premier...


En photo: Une vue de la maison datant de septembre

# Enviado em Terça 23 Novembro 2004 01:01

Modificado em Terça 23 Novembro 2004 09:04