Un départ en bateau, c'est pas comme en formule 1, il n'y a pas d'ordre, pas de qualification afin de savoir qui passera premier. Un départ c'est en général une ligne imaginaire située entre un bateau comité ancré et une bouée. En général le vent coupe perpendiculairement la ligne, ce qui fait que les bateaux, ne pouvant aller face au vent, doivent choisir un cote pour s'élancer lorsque le départ est lancé ! Le tout étant donc de couper la ligne au top, du meilleur cote, dégagé des autres (un bateau se trouvant au vent de l'autre, c'est-à-dire entre le vent et l'autre, le lui coupe de manière significative, c'est ce qu'on appelle le cône de dévent) et lancé (un bateau, ça prend du temps pour accélérer !). Trop de précipitation et c'est, selon la règle instaurée par le comite, soit la disqualification soit une pénalité (en général aller enrouler la bouée de la ligne, ce qui promet déjà une course fichue !). Trop peu, et on se retrouve avec une tache immense : rattraper les autres.
La voile est un jeu complexe, ce qui rend toute course passionnante. C'est un sport, mais c'est avant tout de la stratégie. Les règles donc ! Il y a celles qui sont toujours de mise (si vous les connaissez, passez directement au texte! Par ailleurs, leur compréhension n'est pas vitale pour la suite) :
(1) Un bateau tribord amure (c'est-à-dire dont le vent vient de sa droite...en se tournant vers l'avant du bateau, un équipier reçoit le vent sur sa joue droite et a donc la voile à sa gauche) est toujours prioritaire par rapport à un bateau bâbord amure (l'inverse).
(2) Un bateau n'est sujet à la priorité que si il est manoeuvrant ; autrement dit, si il est a l'arrêt ou en pleine maneuvre, il doit se tenir à l'écart de la route des autres... Mais les autres doivent tout faire pour l'éviter (règle d'or : tout contact entraîne la disqualification des deux partis, peu importe la priorité, sauf agression avérée).
(3) Un bateau sous le vent est prioritaire par rapport à un bateau à son vent et peut l'entraîner au lof (c'est-à-dire, le pousser à aller face au vent, en montant au vent lui-même, le tout étant pour le bateau sous le vent de garder 5 à 10 degrés de moins que son adversaire pour pouvoir se dépêtrer plus vite), mais doit pour cela avertir clairement son adversaire (Au lof !) et lui laisser le temps de réagir.
(4) Il n'y a pas d'eau au bateau comité. Je ne veux pas dire par la qu'il n'y a physiquement pas d'eau, c'est juste une règle : En général, si un bateau (A) tribord amure est sous le vent d'un autre bateau tribord (B) amure en route libre, trop décale de son adversaire pour user de son droit au lof, se retrouve à foncer vers un amer, il se trouve devant un dilemme : aller tout droit et s'écraser, ou virer et se retrouver soit non manoeuvrant, sois bâbord amure avec un bateau prioritaire qui lui fonce dessus! (A) peut donc demander « de l'eau » au bateau (B), sécurité avant tout. Au bateau comité c'est différent. La position de départ au bateau de comité étant avantageuse (tribord amure et au vent de la flotte), il serait simple de « foncer dans le tas » et demander aux bateaux sous le vent, donc prioritaires d'après la règle (3) de laisser de la place, en invoquant le choc a venir avec le bateau comité! Trop simple donc ! Les comités étant des gens courageux, un adversaire peut donc défendre son bout de ligne en obligeant tout malade (pardon, toute personne voulant gagner à tous prix) à se déporter sine die sur le bateau comité.
Les règles de départ sont simples, en procédure normale, le décompte se fait en 5 minutes. Le bateau comité ne communique le temps aux concurrents que par drapeaux et signal sonore, le drapeau faisant foi (un signal sonore n'est qu'indicatif). Aux concurrents de prendre le temps ave leurs montres (ou de savoir rudement bien compter !) :
- 5minutes, pavillon de classe, les règles normales s'appliquent, la course est officiellement lancée. On peut librement se déplacer au dessus et en dessous de la ligne
- 4 minutes : Peu d'intérêt, sinon pour les bateaux non encore avertis. Un (ou deux) autres drapeau est (sont) hissé(s), indiquant le type de départ qui aura lieu. Il y en a trois :
Premièrement, le plus simple : il suffit d'être sous la ligne au top, on peut être au dessus pendant tout le reste de la procédure ; un bateau au dessus de la ligne au top doit enrouler la bouée du départ avant de s'élancer (il est averti par un drapeau hissé, nommé rappel individuel).
Le deuxième, typique, stipule qu'on n'a pas le droit d'être au dessus de la ligne dans la dernière minute, l'avoir dépassé pendant ce délai est sanctionné comme pour le cas précédent (si la sanction n'est pas appliquée, on parle de DNS, Did Not Start, le contrevenant se prend autant de point que le dernier de la régate, plus un).
Le dernier, le drapeau noir, est le plus ennuyeux. Nommé « Black Flag », il stipule que quiconque coupera la ligne dans la dernière minute sera disqualifié. (on parle alors de OCS : One Couillon Start, couper la ligne trop tôt avec un black flag revient a se bouffer autant de points que le dernier de la régate, plus deux...)
Dans le cas d'un parcours réduit, le drapeau s'y referant doit être levé au plus tard à ce moment (ou aux cinq minutes, je ne suis plus trop sur de moi...)
- 1 minute : Les moteurs, dans le cas des quillards, doivent être au point mort, les regles de départ s'appliquent.
- Départ (et éventuel rappel individuel et/ou rappel général ou lancement simultané de la procédure d'une autre série...)
Comme vous le voyez, il y en a des choses ! Pour la tactique c'est simple : Si le vent oscille légèrement et donne avantage aux bateaux bâbords (meilleur angle au vent, donc théoriquement meilleur angle de remontée et meilleur vitesse), ça vaut la peine de prendre le risque de partir bâbord amure, à la bouée. Dans les autres cas, l'idéal est de pouvoir s'mmiscer au bateau de comité, à pleine vitesse et dégagé de la flotte... Mais comme l'ensemble des bateaux veut être à cette place, ça pose souvent problème. En règle général, mieux vaut se contenter de couper la ligne le plus dégagé et le plus vite possible... Ou alors défendre la place au vent coûte que coûte ! Bien entendu l'assemblage de tant de bateaux sur un petit endroit peu amener des situations cocasses. J'ai la chance d'avoir fait quelques centaines de départ dans ma vie, un article prochain va donc vous narrer quelques morceaux choisis !
En photo: La Triskell Cup vue de la maison... Pas de vent et du mauvais temps pour 70 bateaux... Quels chanceux! (pas faché de l'avoir manquée celle la!)