Je vous ai suffisamment embêté avec Londres pour encore continuer, pourtant ce n’est pas l’envie qui me manque. Je ne parlerai pas des montagnes. Je n’ai pas eu le temps d’écrire dans le vif lorsque j’étais avec Aude dans les Alpes donc je ne peux me résoudre à raconter une semaine bien remplie après coup, un peu comme avec ma régate du mois de Juillet. Il y a tant à raconter. On me dit comment je fais pour écrire tant sur le blog, je réponds : « Comment faites vous pour vous limiter à si peu ?».
Allez, finalement je ne vous fais pas cette offense, parce qu’il y a de quoi raconter tout de même. Je vous prie de m’excuser si je tiens un ordre dispersé des événements, ce n’est pas facile de tout se remémorer correctement.
Tout d’abord je tiens à remercier la miss Aude pour l’invitation, invitation que je me voyais mal refuser : se tuer à faire une distance ridicule en une semaine de marche me semblait un programme plus qu’intéressant. J’appris plus tard par l’indiscrétion du petit frère Paul que d’autres l’avaient refusé, les fous. Arriver là bas fut tout une histoire, mais je l’éluderai si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Où commencer ? L’arrivée à l’aéroport de Marignane (c’est près de Marseille, celui là même de Taxi 2) me semble un bon point de départ. Courage.
Onze heures de vol, deux heures d’attente à Orly. Pas de chance, je ne dors pas en avion. Il est 7H du matin et je viens de passer une nuit blanche. Le vol n’était pas désagréable pour autant. Pour l’occasion je m’étais habillé comme un roi, pantalon en coton et chemise manches longues. Il n’y a vraiment rien de tel pour le confort. Toujours est il que la pauvre Aude voit un Sylvain endimanché arriver à l’aéroport, pas tout à fait prêt pour une marche en montagne.... Christophe, son père, nous ramène à leur maison, Aix en Provence. Une douche, un déjeuner, pas de sieste. Remplir le sac à dos que mes épaules apprendront à connaître fut une épreuve bien pensée, merci Aude, je n’ai manqué de rien et je m’en suis sorti avec un sac relativement léger. Il nous reste encore 4 heures de route à faire pour arriver à Champagny, Alpes. C’est Aude et Marielle, sa mère, qui ont le malheur de se retrouver dans la même voiture que moi. Marie, sœur d’Aude, monte avec Christophe dans la 807. C’est au premier arrêt en route que Paul les rejoint dans la folle équipée vers les hauteurs. Folle ? Pas tant que ça, j’ai passé la totalité du voyage allongé, ce qui ne m’empêchera pas de rester éveiller. Nous arrivons au site de camping, point de départ situé à 2000 et quelques mètres si j’ai bon souvenir. J’apprends trois choses essentielles : 1) Il va faire plus froid que ce que Aude m’avait dit, 2) Les tentes Quechua ne sont pas plus imperméables que les autres, 3) Ne jamais faire confiance à un matelas gonflable qui « était crevé mais est maintenant réparé ». Je dors très peu cette nuit là, Aude et moi avons une année à nous raconter, et il semble que ça nous aura pris la totalité de la semaine pour se la raconter en entier. Le salutaire sommeil dans l’air pur revigorant ressemblait plutôt à une quête désespérée pour un peu de chaleur.
C’est là qu’il faut que je décrive tous les participants au camping. Nous avons donc trois familles (étant seul membre présent de la mienne, je ne me compte pas). A la famille d’Aude il ne manque que Guillem (prononcer comme Gollum pour faire plaisir à l’intéressé) qui était déjà au camping avec Eloise et ses parents, Pierre et Michelle. La dernière famille comprends Maxime, Marine et Romain et leurs parents Chantalle et Christophe (Christophe 2 par facilité). Classons le tout par tranche d’âge et assortissons d’un petit commentaire, par ordre décroissant d’âge. En premier Maxime et Paul. Ils ont à peu près l’âge de Lewis, Paul étant un de ses anciens camarades de classe. Maxime a été étonnant tout au long de la semaine, il a un souffle le petit… Et un esprit jamais au repos, dommage qu’il veuille faire du rugby. Paul a un caractère plus difficile mais entier, il ne lui manque qu’un peu de confiance en lui-même, mais il y remédiera, il présente déjà une grande détermination et des capacités qui servent beaucoup dans notre monde. Plus âgés, l’adolescence bien enclenchée, nous avons Eloïse, Marine et Guillem. Eloïse a elle aussi un caractère bien trempé et sa perpétuelle opposition au pauvre Guillem était toujours très drôle, tant l’amitié sous jacente qui y est liée est manifeste. Guillem est proportionnellement une vraie crème avec Eloïse, il a par ailleurs été très patient vis-à-vis de nos railleries concernant ses capacités au jeu de tarot. Seul bémol, son attitude vraiment indigne de son âge envers son petit frère qui n’en a vraiment pas besoin. Marine était la silencieuse du lot. Je ne peux vraiment pas dire grand-chose, seulement que si j’avais 14 ou 15 ans, je soignerai mes relations avec elle. Nous arrivons à Marie et Romain. J’ai vraiment du mal à saisir Marie, je ne peux donc pas trop m’étendre là-dessus, sinon qu’elle a été absolument adorable pendant toute la semaine. Romain est l’anti-type du rugbyman. Pas bête ni borné pour un sou, il n’en demeure pas moins fin connaisseur des chansons païennes. Jouer au tarot avec ou contre lui était par ailleurs très intéressant. Nous en arrivons à Aude, que vous connaissez déjà. Les parents maintenant. Laissons les dames de côtés, bien qu’elles aient été essentielles, leur vrai fait d’arme est leur patience envers leurs époux respectifs. Il y avait douze personnes responsables dans notre groupe et trois gamins. Devinez lesquels ? Des ronfleurs à faire honte à un ours des cavernes et des réussites gazo-gastriques épatantes en plus d’une déconnade perpétuelle. Où sont elles donc allé les chercher ? C’est pas si mal que ça être adulte finalement. Une belle équipe quoi. Tout est placé pour la suite.
Premier jour de marche, en avant. Je fais une grave erreur, commencer vite. Je tiens le train de Guillem qui a déjà une semaine de montagne dans les pattes et ensuite celui de Christophe. Au premier arrêt je suis absolument éteint. Dieux merci, je ne suis pas le seul. La pause vient à point pour se relancer, plus gentiment. On nous l’a promis, la marche est courte, tout au plus quatre heures. Nous partirons donc en ordre dispersé dans ce qui ressemblera plus à une . course solide qu’à une marche. Je suis le premier étonné de me retrouver dans le groupe de tête avec Romain, Guillem, Eloise et… Maxime. Je remercie mes jambes. Si elles n’avaient pas deux fois la longueur de celles de Maxime, je n’aurais jamais put arriver au sommet de chaque col devant ces petits galopins ( quoique je ne qualifierai pas Romain de petit…). Plus qu’une heure pour le refuge. Là, Romain nous fait un tour malicieux. Des les premiers tas de neiges, aucun des membres de l’échappée ne peut s’empêcher de faire un détour pour aller marcher dans le premier névé (enfin, c’est comme ça qu’ils disaient au lieu de « tas de neige », allez savoir pour quelle obscure raison). Tous ? Non, Romain continue tout droit. Heureusement qu’il y a encore trois montées avant la fin, parce qu’il nous aurait lâché le sacripant. Nous contournons un dernier talus, un lac s’étend à nos pieds, le refuge est proche. Ca y est, alors que durant la totalité de la marche ils mettaient leurs pieds dans mes empreintes, les membres de la jeune garde se ruent à l’arrivée. Hors de question pour moi de courir, c’est une affaire d’honneur (et de souffle, en fait…). Résultat : Romain maillot jaune et vert, Maxime maillot blanc (meilleur Jeune) et moi maillot à poids. C’est peut être puéril, mais je trouve ça très drôle. Je dois avouer que j’étais aidé par les paysages splendides qui s’étalaient à mes yeux. Les Alpes, c’est vraiment grandiose. Dès la première halte je ne regrette pas d’être venu.
En route pour une belle journée en perspective. On commence par descendre, entraînés par Marie, nous perdons 800 mètres d’altitude en un peu plus d’une demi heure. Génial. Cependant c’est arrivé au plus bas que Pierre nous annonce que le dernier refuge était à même altitude que celui qui nous attend et que notre route passe par un point encore plus élevé. C’était hilarant. Je ne comprendrai jamais à quoi servent les montagnes. Il nous faut grimper un cirque. Si comme moi vous vous attendiez à un chapiteau et à des clowns, soyez avertis : un cirque est une formation montagneuse correspondant à un pan de chaîne de montagne en forme d’amphithéâtre généralement creusé par un ruisseau et la formation de glacier puis leur explosion. Cela donne un paysage lunaire extraordinaire, oppressant et fantastique. Mais le mieux était à venir. Le col nous sortant de ce cirque a été dur à atteindre, mais cela en valait la peine. Nous arrivons sur ce col dont la partie plateau ne fait pas plus de trois mètres d’épaisseur avant une descente raide qui plonge vers ce qui apparaît comme une prairie verdoyante, énorme terrasse avant un nouveau dénivelé. Cette prairie est zébrée par des rivières, elles mêmes alimentées par deux majestueuses chutes parallèles prenant leur source une cinquantaine de mètres au dessus de nous et se jetant sur cette prairie. L’endroit parfait pour déjeuner est tout désigné. Nous auront même le luxe de pouvoir remplir nos gourdes, jouer au tarot, faire une sieste. Divin. Avant d’y arriver nous feront des holas improvisées saluant les hardis retardataires qui, comme nous, ont décidé de « skier » pieds nus la partie enneigée de la descente plutôt que de descendre par le chemin approprié. Il faudra donc à nouveau remonter vers le refuge. Mais avant sortir de la prairie. Simple ? Pas tant que ça. Seuls les deux Christophe et moi en réchapperont les pieds secs, ce qui nous a demandé de l’astuce et de longues jambes (et un peu d’élan). Ceux qui ont suivi Pierre « au bout du monde » en ont eu pour leurs frais. Mention spéciale pour Marine qui, ayant passé la plupart des obstacles très honorablement, nous fait une petite frayeur sur le dernier saut et se relève impeccable. Je n’avais pourtant pas rêvé : elle était bel et bien tombée dans de la boue. Le deuxième refuge est vraiment bien. Beau, bien placé et à la douche chaude bienvenue. C’est là que je deviendrai majeur.
Que l’on me souhaite joyeux anniversaire me fait toujours plaisir, vraiment. Mais que l’on me réveille à sept heures du matin pour ce faire, c’est un peu… comment dire… ? Ennuyeux. Qu’est ce que ça me fait d’avoir 18 ans ? Je pense que j’y consacrerai un autre article, celui-ci étant déjà suffisamment long. Mais le programme au moins vaut bien le réveil : De la descente et un tout petit peu de grimpette sur la fin. Que demander de plus ? Un peu de sérieux de la part des parents peut être ? Nous descendions tranquillement, croisant par ci par là des vaches qui, décidemment, semblaient dérangées par notre présence comme le serait un anglais prenant son thé et à la porte duquel viendrait sonner un représentant en chapeaux melon : agacé et froid mais poli. Ce n’était pas trop cette attitude qui prédominait chez Paul, qui semblait à tous points vouloir les vexer. Les bovins lui rendront un beau mépris. Quand arrive LE moment intelligent. La course pour descendre, lancée par Christophe. Courir en descente, quelle bêtise. Exaltant mais insensé. J’essaie en vain de dépasser Guillem quand cette idée géniale me vient, aller sur le bas-côté. Brillant, je glisse, je me vautre. Romain qui courrait derrière m’évite miraculeusement. Mes chaussures étaient renforcées à l’avant comme à l’arrière. Il ne restait que le milieu en toile, c’est là-dessus que mon pied s’est plié. Je ne sens pas grand-chose sur le coup, ni sur l’heure qui suit. Je me sentirai par ailleurs frais comme tout pour les montées. C’est dans les derniers kilomètres, en longeant une cascade, que je goûterai mes premières myrtilles des vacances, me retrouvant tout d’un coup en Ardèche, pur moment de bonheur. Nous rentrons à la civilisation. Nous nous retrouvons à une créperie-pizzéria dont le seul défaut aura été de ne pas nous avoir tous servi en même temps et d’avoir été chiche en parasols. Aude Romain et moi avons parié sur le fromage blanc, excellent choix. Mais mon pied commence sérieusement à faire des siennes et je n’arrive pas à me relever pour retourner à la voiture. Seule Aude restée en arrière à la bonté de m’aider… Sachant qu’elle fait trente centimètres de moins que moi et entre 20 et 30 kilos de moins, vous comprenez la grande aide que j’ai put en tirer (t’en fais pas Aude, je te suis très reconnaissant). Et ça durera toute la nuit et jusqu’au lendemain soir. Cela dit ça a des avantages comme le remarque si justement Aude sur son blog. D’accord on est aux petits soins : massages des pieds, attentions etc… Mais serrer les dents pour mettre sa chaussure car son pied a gonflé et ne peut plus y rentrer sans frotter sur la zone douloureuse, il y a plus sympas. Le pire sera vers minuit alors que j’avais les pieds gelés, Aude se retourne brusquement et balance son talon dessus. Un meurtre aurait alors été mal vu par les parents, j’ai juste crié ce qu’il fallait (ou peut être un plus, pour être bien sûr). Je me suis vengé en toute innocence le lendemain en faisant de même pour ses ampoules, chefs d’œuvres en la matière.
Le lendemain sera par ailleurs un jour de repos bien venu et bien utilisé. C’est là que vient le premier faux pas en matière de choix d’occupation : aller voire I Robot à Champagny le Bas (en opposition à Champagny le Haut, qui se trouve… Au dessus, logique…). Will Smith marche comme un canard boiteux, l’intrigue est évidente, l’action est confuse, la caméra bouge trop vite à tel point qu’on ne comprend pas grand-chose dans les phases d’actions… Et les rares ralentis sont mal utilisés et donnent une sensation de lourdeur au tout. C’est criblé de publicités gratuites et pourquoi diable est ce que le meilleur acteur du tas se trouve être un robot ? Il y avait de quoi faire un chef d’œuvre : un acteur que je trouve génial depuis le Prince de Bel Air, un graphisme splendide d’un futur vraisemblable, un potentiel scénaristique incroyable et des robots tout simplement géniaux dans leur démarche et attitude. C’en est que plus désespérant. Je suis par ailleurs désolé d’avoir retiré le peu de plaisir que l’on peut tirer de ce film à Aude en lui disant cinq minutes avant le dénouement qui était le véritable coupable… Coupable évident… Mais ça me faisait tellement plaisir de pouvoir ainsi ouvertement découvrir la pauvreté scénaristique du tout. En rapport le Roi Arthur que nous verront plus tard à Aix est génial. J’y reviendrai tantôt. Pour notre dernier jour de marche nous choisissons un endroit dont je ne me souviens plus du nom mais dont le paysage marécageux m’a plu. Nous partons un jour plus tôt que prévu : il ne fait pas beau et faire du camping sous la pluie, glacée qui plus est…Voyage du retour, une leçon : ne mangez pas de sandwich préfabriqué.
Aix, il fait beau, il fait chaud… Parfait. C’est là que je ferai une tache absolument infecte et désagréable. Pire que la vaisselle, pire que le repassage, le balayage, le nettoyage à grandes eaux, l’époussetage de la poussière… Vider un figuier de ses fruits alors que celui-ci est plein de fruits trop murs et a à son pied une couche qu’il faut nettoyer de fruits tombés et cuits au soleil à divers degrés de putréfaction. J’utilise ce mot parce que l’odeur était particulièrement désagréable. Aude et moi, bientôt aidés (ce n’était pas du bénévolat de leur part, mais leur aide fut précieuse) par Paul et Guillem, y avons passés une belle partie de la matinée. J’en avais la nausée. Juste retour des choses, les fruits murs sont passés entre les mains de Marielle qui en a fait des bocaux et des bocaux de confiture délicieuse. Nous en arrivons au Roi Arthur. Un film bien filmé, aux combats certes sanguinolents mais ne s’éternisant pas sur
les détails morbides, un scénario qu’ils voulurent historiquement (et scientifiquement) juste, des acteurs corrects, une intrigue pas profonde mais ce n’est pas son intention, une belle leçon de morale… Rien à redire. Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais, assez bizarrement… C’est un bon film. Le réalisateur a déjà dans son CV Training Day et ne démérite pas. Du côté des acteurs, les deux que j’ai retenu, Keira Knightley dans le rôle de Guenièvre et le gars qui joue Arthur (désolé, je n’ai pas son nom en tête) sont à voir, celui faisant Lancelot ne m’ayant que moyennement convaincu… Mais je n’ai jamais aimé le personnage et ce, depuis que j’ai 6 ans, donc pas de quoi fouetter un chat. Keira Knightley est belle comme toujours, même avec des peintures bleus. J’ai dit qu’elle est à voir parce que contrairement aux autres, je ne trouve pas qu’elle soit une grande actrice ou du moins qu’elle soit faite pour les rôles d’action. Arthur est plus convaincant. Il a une présence et est convaincant en grand guerrier Romain catholique idéaliste. Aude m’a cependant appris qu’il était ancien pasteur et ouvertement républicain…. Il n’en demeure pas moins un très bon acteur. Je le placerais dans un mélange entre Dennis Quaid et l’acteur qui joue le Roi Aragorn. Bref, un film à voir. Les deux films de mes vacances, vus en Angleterre, demeurent cependant October Sky et Lost in Translation… Géniaux.
Toute bonne chose à une fin. C’est le lendemain que je m’envole pour Paris… Différentes vacances s’enclenchent. Il y a des choses à dire sur Paris (et des remerciements à Alexandre pour le gîte et le couvert dont je ne peux être que reconnaissant, vu la qualité offerte pour le couvert), mais ce n’est pas le propos de cet article. Pour terminer je remercie donc encore les parents d’Aude pour leur hospitalité, Coach pour son hospitalité et toute l’équipée pour sa cordialité. Cette semaine restera, soyez en surs.
Le site d'Aude a toutes les images qu'il faut
L'image n'est pas des Alpes mais de Kessingland, je trouvais juste qu'il était bien de mettre un arbre mort sur un artcile aussi joyeux.