Londres est plus étendue que Paris. Elle suit la Tamise tout comme Paris suis la Seine. Mais quand Paris est un vestige du passé, un bloc architectural unique concentré et uniforme, Londres a été saccagée par un grand feu il y a quatre cents ans, le Blitz allemand il y a cinquante ans C’est un agglomérat de villages différents et uniques. Des anciennes zones industrielles aux centres historiques, son apparence change du tout au tout. Londres a souffert du capitalisme libéral à outrance. C’est une énorme cité financière mais il semble que les businessmen préféraient dépenser de l’argent en bourse plutôt que dans l’apparence de la belle. Il y a vingt ans Paris avait un budget à l’entretien cinq fois supérieur à celui de sa rivale d’outre manche. Depuis la Britannique s’est rattrapée mais les dégâts sont énormes et le fossé n’est pas tout à fait comblé. C’est dommage, il faut alors deviner sous la crasse accumulée au bout de 300 années de smog et autres brouillards industriels les détails de la cathédrale St Paul et ceux de tous les bâtiments historiques non encore passés au chiffon. Londres a été beaucoup plus industrielle que Paris, difficile héritage en ce qui concerne l’apparence.
Ce n’est pas sur carte postale que Londres gagnera, car son apparence so British ne peut contester Paris d’après Paris par Paris avec Paris. C’est à Londres que l’on apprécie Londres. Tomber sur Covent Garden, se dire qu’il y aura toujours un parc quelque part, des pubs et ces routes dédiées… Une rue avec uniquement des vendeurs de guitares et affiliés, un Chinatown qui pour une fois ne pue pas, un quartier italien qui cotoit le quartier blindé de théâtres. Le tout en vingt minutes à pied. Vous en avez marre d’un endroit ? Quelques pas, pas plus, et l’atmosphère change du tout au tout. Londres aura forcément un endroit qui vous plaira. On passe en quelques pas d’une ancienne usine recyclée en musée d’art moderne (la fameuse Tate Gallery) à un pont pédestre au dessus de la tamise, les hommes en complet apparaissent. Pourtant on débouche sur une cathédrale. On tourne à gauche, avenue des éditeurs, continuons, je laisse les pas filer, je me retrouve dans un petit coin vide, j’entends encore le bruit de la rue que je viens de quitter. Je suis pourtant dans une cour, sous un arbre, près d’une église enchâssée dans des bâtiments anciens. Le quartier historique et actuel des avocats, un coin superbe, « really peacefull and relaxing » comme le diraient les Anglais. Ils ne sont pas si mauvais que ça les avocats anglais, pour faire vivre un tel havre. Allez comprendre quelque chose, c’est un des seuls coins de Londres qui n’a pas été brûlé par le grand feu. Le diable avait peut être peur d’avoir à faire des heures de séances de tribunal pour pyromanie. Ca me rappelle d’ailleurs une blague :
« Un jour Satan voulu agrandir l’Enfer afin de faire baisser le nombre d’âmes au mètre cube, pour cela il dut empiéter sur le paradis. Mécontent, St Pierre menace Satan de l’assigner en justice :
-J’ai la cour divine, un juge, des greffiers…
- Ah ouais ? Et où vas-tu prendre des avocats ? »
La cathédrale de Saint Paul est un des seuls grands monuments à ne pas avoir été bombardé. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’était le bâtiment grâce auquel les pilotes Allemands savaient qu’ils avaient atteint le centre de leur objectif. Il était alors stupide d’abattre une vraie tour de contrôle en terre ennemie. Cela étend dit, ma grand-mère a vécu le bombardement, et je dois ajouter que je suis fier de mon sang anglais pour son attitude et celle de ses (et de mes) compatriotes face à l’agresseur. Elle allait tous les jours à l’école, la vie continuait. « Je vous amènerai sang et larmes… » combien de peuples auraient accepté un tel discours ? Quel autre peuple aurait souffert sans même entrevoir une lueur de mieux, juste parce que tant que l’on n’a pas tout perdu, on n’a pas perdu… Je comprends pourquoi les Anglais sont si surs de leur supériorité sur les peuples continentaux : il n’ont pas baissé la tête, eux.
Mais comme toujours, il y a des égratignures dans le portrait. A l’époque déjà les agressés faisaient souffrir trois fois pire aux villes Allemandes sans se poser de questions éthiques. Mais l’Anglais moyen d’aujourd’hui n’est pas le résistant à l’aigle Allemand. Déjà il est gros et boit trop. Il est mal élevé et n’est pas distingué. Il s’intéresse plus à la premiership qu’à l’état du monde, à la famille du premier ministre qu’à son office… Il lit le Sun plutôt que le Times, bref une catastrophe. Dieux merci il est sous représenté à Londres. Parce que le vrai Anglais, il est toujours tel qu’on le pense, avec ses avantages et petits aspects rigolos. C’est cet Anglais que j’expose dans l’article dédié à la chanson « Englishman in New York ».
Recherche de racines ? Ce serait illusoire, j’ai cette chance de ne pas savoir précisément d’où je viens, ce qui me laisse tout le temps de me concentrer sur où je vais. Mon père est Anglais et ma mère est Française, bien ? Mais mon nom, d’où vient il ? Aucun de mes quatre grands-parents ne vient du même endroit et ne vient du même groupe de civilisation. Ce qui fait que j’ai juste plusieurs exemples de qualités à rechercher et de pièges à éviter. Pas de prédestination, ce n’est pas génial ça ? La Liberté… C’est ce sentiment que me donne Londres. Elle n’aurait put choisir mieux.
Paris, la navigation, la lecture, la musique et le travail en font de même. C’est pour ça que je ne me drogue pas, je sais que je deviendrai très vite accroc à quoi que ce soit qui m’accorde un semblant de liberté sur demande. Pour Paris je m’expliquerai quand je serai à Paris. Pour la lecture, c’est simple : je n’y suis pour plus personne quand je lis. Tous ceux qui ont essayé de me tirer d’un livre en savent quelque chose. La musique c’est une autre liberté, celle d’imaginer, de voyager avec les accords. Et le travail ? Et bien c’est comme le livre. Occuper l’esprit lui permet de s’évader. Je suis certain que c’est ça et non le vide total qui marche le mieux. Honnêtement. Lorsque je suis au lycée et que je réfléchis à mon boulot, je pense à autre chose, constamment. La solution, lorsqu’elle apparaît, m’apparaît comme fruit de l’arrière plan. Quand j’écris c’est pareil, je tape mais mon esprit est ailleurs. C’est pour ça que j’aime écrire. Il n’y a que les maths qui réclament toute ma concentration, c’est pour ça qu’elles tiennent une place à part pour moi. La navigation c’est le délice de la liberté sous condition. J’ai des parents qui m’ont toujours laissé les mains libres et les coudées franches, ce qui fait que je n’ai pour seules restrictions que celles que je me pose, qui sont d’ailleurs souvent celles de la société elle-même et de l’image de moi que je souhaite lui donner et également, c’est vrai, celle que je souhaite donner à mes parents. En navigation, les limites sont posées et définies. On ne rigole pas avec elles. Ce n’en est que plus beau. Londres montre que l’apparence ne prédispose en rien, ce qui abolit le fatal couloir du destin.
Tant qu’à faire un article fourre tout, vu qu’après tout c’est l’essence même de Londres, le fourre tout, faisons le jusqu’au bout. Je me relis, ça doit être l’air de Londres qui m’y pousse, ou alors la peur d’en avoir trop dit. Je hais me relire. Mais quand on publie, il ne faut pas écrire de bêtises. Je m’en voudrais de rédiger un article qui pourrait me rester en travers de la gorge plus tard. C’est par ailleurs pour ça que je n’y parle jamais beaux sentiments, ou encore que je ne rédige jamais rien sur les personnes que je n’apprécie pas, les opinions changent et on se trompe souvent pour le pire. Finalement je laisse l’intégralité du ‘brouillon’, après tout je pourrai toujours faire comme 1984. Je signe encore un autre article trop long, et encore une fois vous n’êtes sauvés que par mes yeux qui tombent. Dormir près de ma Brune, demain encore je tenterai de lui découvrir plus de charmes, espérons que je serai encore chanceux. D’ici là… Voyageons un peu.
( En photo le clocher de l'église de Kessingland, près de chez mes Grands paretns. Ma petite tour de Babel)